Prix de thèse 2018

Augustin Voegele - Prix de thèse UHA 2018Comme chaque année, à l’occasion de la rentrée doctorale, l’Université de Haute-Alsace remet un prix de thèse afin de valoriser un travail de très haute qualité. En 2018, le prix est attribué à Augustin Voegele pour sa thèse intitulée “L’œuvre du fantastique : Jules Romains au-delà de l’unanimisme”. La sélection s’est opérée parmi près de 50 thèses soutenues en 2017.

Augustin Voegele est docteur en littérature française et actuellement attaché temporaire d’enseignement et de recherche (ATER) à l’Université de Lorraine (Metz) après avoir occupé les mêmes fonctions à l’Université d’Aix-Marseille. Il est l’auteur d’une trentaine d’articles et de trois essais :

  • Morales de la fiction,
    Orizons, 2016,
  • De l’unanimisme au fantastique. Jules Romains devant l’extraordinaire,
    Peter Lang, à paraître en 2019,
  • André Gide ou la petite musique du démon,
    Classiques Garnier, à paraître en 2019.

Résumé de la thèse

Revenants, voyants, télépathes… : le personnel du fantastique est omniprésent dans l’œuvre de Jules Romains. C’est que le « pape de l’unanimisme » veut croire à l’existence d’un autre côté où la psyché régnerait en maîtresse (presque) absolue. Cette fascination pour l’extraordinaire étonne de la part d’un écrivain qui se comporte par ailleurs en apôtre de la raison. Mais cette apparente contradiction invite à proposer, plutôt qu’une appréhension théorique du fantastique comme catégorie architextuelle, une approche pratique du fantastique comme outil de l’écriture, de la pensée et de l’action. Il se trouve en effet que Jules Romains met l’extraordinaire au service de sa pensée scientifique et politique aussi bien que de son ambition littéraire. Maniant un fantastique militant, il crée un monde à la fois enthousiasmant et décevant – car la toute-puissance de la pensée finit par se retourner contre elle-même. Dès lors, l’œuvre échappe à son créateur, et devient œuvre du fantastique. Toutefois, il reste à Jules Romains cette ressource, de jouer sur et avec l’ambiguïté constitutive de cette œuvre qui lui échappe. L’âme, ainsi, joue le jeu des corps (d’où l’importance du thème érotique dans la symphonie romainsienne) ; et, devant le spectacle d’un cosmos en guerre où l’unanimisme n’a pas sa place, il ne reste aux hommes de bonne volonté que d’adopter la logique de l’hypocrisie et d’accepter d’être en apparence les complices de la mauvaise volonté d’un univers criminel : la langue s’engage alors dans un périlleux devenir-rhétorique, se faisant par là même le lieu dynamique d’une lutte quasi désespérée contre la mort et le temps.